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Depuis 2016, le dispositif « Territoires zéro chômeur de longue durée » fait ses preuves dans l’accompagnement des demandeurs d’emploi. Fort de ce succès, son expérimentation va être reconduite et étendue. Une urgence pour ses fondateurs, dans un contexte de crise économique et sociale.

Personne n’est inemployable… La devise du dispositif « Territoires zéro chômeur de longue durée » (TZCLD) est la même que celle des entreprises de l’insertion par l’activité économique (IAE). Pourtant, Bernard Arru, directeur désormais retraité de l’association nationale éponyme, tient à le préciser : « Ce n’est pas un petit projet d’insertion. Notre enjeu de créer de l’emploi pour tous sur tout le territoire est très ambitieux. » Pourrait-il représenter une alternative pour lutter contre la crise économique et sociale qui s’annonce ? L’avenir le dira mais, portée par plusieurs associations (ATD quart monde, Emmaüs, le Secours catholique, la Fédération des acteurs de la solidarité) et actée par une loi en 2016, cette expérimentation poursuit son chemin dans dix territoires.

Le principe :

  • Embaucher en contrat à durée indéterminée des personnes au chômage depuis plus d’un an dans une entreprise à but d’emploi (EBE), où elles sont payées au Smic.

Elles doivent être volontaires et habiter dans la commune depuis au moins six mois.

Le financement des emplois – qui doivent répondre à des besoins locaux non satisfaits et être sans risque de concurrence avec des emplois existants – est assuré par l’Etat, les conseils départementaux et régionaux, les communautés de communes, les organismes publics et privés ainsi que par le chiffre d’affaires des EBE.

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Dans cette approche innovante, la place laissée au temps est fondamentale. « Ce qui est bien dans cette expérimentation, c’est que l’on n’est pas dans un rythme imposé par un CDDI (contrat à durée déterminée d’insertion), explique Aurélie Mathelin. J’ai beaucoup travaillé dans le secteur de l’insertion par l’activité économique où une personne accompagnée a six mois pour atteindre tel objectif, un an pour tel autre… Au bout de 24 mois, elle doit sortir du dispositif. Là, il n’y a pas ce couperet, on peut travailler au rythme de la personne, on fait avec elle. Certaines se relèvent très vite, d’autres ont besoin de temps. » Un atout précieux qui permet à chacun de se remettre doucement sur les rails, d’oser prendre la parole, de reprendre confiance, de retrouver du lien social… « Tout le monde a envie d’avoir sa place dans la société, en particulier à travers un travail. Même les personnes les plus cabossées par la vie aspirent à être utiles », souligne Bernard Arru. Et d’ajouter : « Il n’y a pas de pression sur les salariés pour les inciter à retourner sur le marché du travail conventionnel. Certains le peuvent, d’autres pas, alors pourquoi les culpabiliser ? » Mieux : en cas de départ de l’EBE pour un autre travail, le salarié peut y revenir pendant six mois.

Une nouvelle comptabilité

Reste que cette expérimentation a un coût. Il a fallu que ses responsables produisent plusieurs rapports pour prouver sa rentabilité, certes encore fragile. Or la création d’un emploi avoisine annuellement 20 000 € par personne. Soit, à peu près, l’équivalent de la prise en charge par les finances publiques d’un chômeur de longue durée, estimée à 18 000 € en comptant l’allocation, l’accompagnement, les dépenses de santé à long terme et le manque à gagner pour l’économie en matière de recettes (TVA, impôts), puisqu’une personne privée d’emploi consomme moins que les autres. « Tout n’est pas financier, heureusement, déclare Laurent Grandguillaume. “Territoires zéro chômeur” est un tout, dans lequel il faut englober les activités nouvelles qui n’existaient pas dans les territoires et l’impact qualitatif sur les personnes privées d’emploi qui ont retrouvé de la fierté. » Autrement dit par Aurélie Mathelin : « En plus d’inventer de nouveaux métiers, on invente une nouvelle comptabilité. »

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Source : www.ash.tm.fr - Juin 2020